L’Ontario ou l’Oncle Sam. quelle route choisir? J’ai finalement opté pour l’option la plus sécuritaire, celle recommandée par tous les cyclistes croisés depuis Vancouver : traverser la frontière américaine et contourner le lac Supérieur par le sud. Par ce choix, j’éliminais les risques inutiles que m’aurait fait courir la Transcanadienne ontarienne. En fait, tous les cyclistes que j’avais rencontrés sur mon chemin m’en avaient dressé un portrait peu glorieux qui m’enlevait toute envie de la prendre: ils m’avaient tous dit que l’Ontario était la province la moins sécuritaire pour rouler, chose que je n’expérimenterai moi même que plusieurs jours plus tard…

Je tentais de planifier mes journées de vélo et le kilométrage à faire au quotidien selon le prochain point de chute où je désirais rester au moins un jour, pour me reposer, visiter, me promener et prendre le temps de respirer. À mon départ de Winnipeg, mon prochain point de chute choisi fut Duluth, dans l’état du Minnesota. Cela faisait une moyenne de 100 km par jour pour arriver à bon port le vendredi soir suivant. Cependant, plusieurs petites aventures impromptues arrivèrent pour se dresser entre le désir de planifier à l’avance et la réalité du cycliste itinérant…

Ma première aventure: paresse bien méritée mais…

La première d’entre elles, si l’on peut toutefois la qualifier « d’aventure », fut la démotivation à l’approche de la frontière américaine, démotivation probablement causée par la fatigue accumulée tout au long de mon périple. Elle se tenait subtilement à l’ombre de mon corps, mais elle était omniprésente. Je prenais d’énormes pauses pour dîner, pauses qui me poussaient toujours à la limite pour « terminer mes 100 km journaliers » avant le coucher du soleil. Ceci me forçait à m’arrêter pour faire mon campement au tournant d’un bout de rue, ne prenant jamais le risque inutile de rouler dans la pénombre. Cette forme de paresse nouvellement présente me fit bien sur dévier de mon objectif initial d’arriver à Duluth pour le début de la fin de semaine. Au départ, je m’étais dit : « à quoi bon être dans une ville, grande ou petite, si ce n’est pour la visiter durant la fin de semaine? », et c‘est ainsi que j’avais choisi Duluth comme premier point de chute.

 

 

Éventuellement, je dus bien évidemment rattraper les kilomètres perdus lors de ces longues pauses du midi. Cela se traduisit par un 160 km et un 170 km pour les étapes du jeudi et du vendredi pour pouvoir finalement atteindre Duluth le vendredi soir. Je roulais à en perdre haleine en regardant mon odomètre et en voyant les kilomètres défiler sans fin tout en redécouvrant « les joies » des montées et les plaisirs grisants des descentes (les Prairies possédaient si peu de relief que j’avais un peu oublié ces émotions…). Mes jambes suivaient sans rechigner durant la journée. Ce n’est qu’accroupie pour ouvrir délicatement la porte en moustiquaire de ma tente ou à tout arrêt au petit coin, qu’elles se dérobaient sous moi, me rappelant que mes genoux n’étaient pas éternels. Mais la douleur s’étouffait facilement sous un bouclier d’adrénaline ; j’étais dorénavant rendue trop loin dans ma traversée pour songer à m’arrêter.

Ma deuxième aventure: les ours…

Je rencontrai, à 40 kilomètres des douanes américaines, un ours noir et sa progéniture traversant la route juste devant moi. Pour un instant, toute ma force fut concentrée à m’agripper au guidon, sans vraiment réaliser si je tenais simplement le guidon ou si je serrais les freins. Souffle coupé et quelque peu apeurée, je réalisai que mon vélo avait bel et bien réussi à freiner et que ma personne n’était qu’à quelques mètres de ces imposantes créatures. Sans me prêter la moindre attention, ils continuèrent leur chemin sur la route en se dandinant avant de se retrouver dans la forêt adjacente (qui, soit dit en passant, était la première forêt que je traversais depuis les Rocheuses). Lorsque mes yeux perdirent contact avec la tâche floue et noire qui témoignait de leur présence dans la forêt, je ré-attachai mes souliers à mes pédales et je me remis en mouvement…

Ce n’est que quelques minutes plus tard que je réalisai l’ironie de la situation : je venais tout juste de voir mon (mes) tout(s) premier(s) ours depuis le début de mon voyage à vélo. Je m’étais certes préparée mentalement à l’éventualité d’en croiser un (ou plusieurs) entre Vancouver et Calgary, surtout après tous les avertissements et les recommandations que m’avaient faits mes proches…  C’est ainsi qu’avant mon départ, j’avais fait l’acquisition d’une canette de « bear spray » et que je l’avais installée sur tout ce trajet bien en vue sur mon guidon pour m’en faciliter l’accès, ce qui montre bien, je crois, ma crainte réelle de faire face à un ours. Mais, en quittant Calgary, « la menace passée », j’avais été soulagée de pouvoir ranger la cannette dans le fond d’une de mes sacoches de vélo toute heureuse de ne pas avoir eu besoin de l’utiliser…  En fait, elle ne m’avait servi depuis lors que comme protection symbolique dans ma tente pour me rassurer la nuit.  Eh bien, j’en ai été quitte pour une bonne frousse, sans « bear spray » pour me sauver!

Ma troisième aventure: gaspillage  frontalier…

Pour me rendre à Duluth, il fallait bien sur que je traverse les douanes à vélo et je ne savais pas si ça allait me causer problèmes… Dans les faits, j’ai dû traverser la frontière trois fois en deux jours. Comme vous pouvez le voir sur la carte ci-dessous, la route sillonne le Manitoba, puis l’état du Minnesota, puis l’Ontario (sur 30 km) pour enfin revenir définitivement au Minnesota. Tout alla pour le mieux lors de mes deux premières tentatives. Les premiers douaniers furent même très sympathiques et m’expliquèrent où aller me camper à Warroad.

Winnipeg à Duluth

 

Il me fallait bien un beigne aux États-Unis.

 

J’avais fait quelques réserves de nourriture à Warroad sans songer au fait que je devais recroiser les douanes : de belles pommes rouges, de savoureuses oranges, des bananes bien mures et deux MAGNIFIQUES avocats – un vrai festin quoi, surtout pour une cycliste sans le sous! Mais en retraversant les douanes de l’Ontario au Minnesota, les douaniers américains furent moins « accueillants » que les premiers et décidèrent de suivre leurs consignes de façon plus stricte. Ils ne me laissèrent pas passer la frontière sans me poser les questions habituelles. J’étais évidemment en règle sauf pour la question de la nourriture. Je ne pouvais pas mentir: il était tellement facile d’ouvrir mes deux petites sacoches et de tomber sur mon festin. Je dis donc la vérité me disant naïvement qu’ils n’allaient rien faire: j’étais à vélo tout de même! Et bien non, ils m’enlevèrent tout mon dîner et sous l’angoisse que me procure à tout coup les figures d’autorité et à la vue de la disparition de mes savoureux avocats, je commençai à pleurer devant les quatre douaniers qui ne comprenaient pas ma réaction et me regardaient incrédules. Je ne dînai donc pas cette journée-là et je roulai de plus belle pour laisser sortir ma rage et ma frustration suite à ce gaspillage bien inutile….  avoir su, j’aurais pris un déjeuner plus copieux!

Le plus beau lever de soleil à Warroad

Ma quatrième aventure: un oubli bien justifié…

Les affiches défilaient pour m’annoncer que je m’approchais enfin de Duluth. J’avais passé la matinée dans un fast-food, à contacter des gens sur WarmShowers pour me trouver un endroit où dormir le soir même. J’obtins enfin une réponse positive après 45 minutes. J’allais rejoindre mes hôtes à une micro-brasserie à 19 h 00. J’avais donc toute la journée pour parcourir les 160 km me séparant de la brasserie. La bière, cette soirée-là, fut probablement la plus rafraîchissante de tout mon périple. J’aimerais bien me souvenir de son goût, vous dire si j’avais pris une sour, une IPA, une lager, une pilsner ou une radler, mais rien, je ne m’en souviens plus et je ne l’ai pas noté non plus dans mon journal.

Après ce sympathique souper avec mes hôtes, nous partîmes tous trois à vélo vers leur maison qui était à un petit 10 km de distance. Je me couchai très tôt, exténuée par cette semaine de péripéties et d’émotions diverses. Le lendemain, je visitai tranquillement Duluth, une journée de pause bien méritée avant de commencer ma huitième semaine vélo, semaine qui allait me réserver toute une surprise…

This Post Has One Comment

  1. Chère Myrika,

    Je te remercie de partager ce périple hors du common! Je t’encourage à continuer à nous faire découvrir régulièrement ton parcours unique et tes aventures de vie exceptionnelles.

    À bientôt,

    Lucie Brosseau

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