Le dimanche, je suis partie de Kindersley, SK pour me rendre à Rosetown, SK.  Je ne savais rien de Rosetown, mais un nom de village aussi explicitement romantique ne pouvait que réserver un cachet quelconque, voire une allure pittoresque.  Et je songeais à mon amie, Frédérique, amoureuse des roses et j’espérais pouvoir prendre une photo-concept avec ses fleurs préférées quelque part dans le village.  Mon imagination alimentée par toutes ces heures seule à vélo a malheureusement été au-delà de la réalité qui m’attendait. Arrivée à destination en milieu d’après-midi, la rue principale est effectivement prometteuse, mais nous nous rappellerons que le dimanche…tout est pas mal fermé à l’extérieur du Québec. Rosetown n’a ainsi rien eu à m’offrir de plus que les autres villages de la semaine précédente. J’écris ces lignes et j’en ai le sourire aux lèvres. Ne pensez pas qu’ici je suis négative et que j’ai perdu ma bonne humeur. On dirait simplement que c’était le comble de l’ironie lors de ce dernier arrêt avant une vraie ville, Saskatoon…

Sur la route, SK

J’ai passé la fin de ma journée à recharger mes électroniques dans une chaîne de restauration rapide et à profiter de l’air climatisé.  Des fois, des pauses de soleil sont nécessaires et je dirais, méritées. Par la suite, après avoir demandé de l’aide à quelques citoyens pour trouver un endroit sécuritaire où dormir, je me suis installée sur le terrain de football de l’école secondaire. Très contente de mon terrain de camping pour la nuit, je me suis endormie sans me faire trop de scénarios dramatiques ou d’horreur dans ma tête. Toutefois, le terrain de football me réservait toute une surprise : le réveil le plus brutal qui soit. Le beau vert du terrain ne survit pas par miracle et a besoin d’entretien pour éviter de devenir qu’un champ de pailles beiges, taciturnes et sèches. Les gicleurs d’eau étaient en service à partir de 6 h du matin. Le vacarme provoqué par les gouttes d’eau percutant ma tente a su me sortir de mon sommeil trente minutes avant mon alarme. Ce n’était pas un réveil en douceur! La tête encore dans les vapes, j’ai remballé mon attirail pour déguerpir au plus vite de l’endroit. Bien évidemment, en me faisant mouiller en sortant de la tente. Pouvais-je considérer cela comme une douche fraîche?

 

Mon trajet vers Saskatoon a donc commencé très tôt le matin ce qui était, à vrai dire, idéal puisque la température était abominablement chaude. Voulant être à destination rapidement pour profiter le plus possible de la ville, je n’ai pris qu’une seule pause sur les 115 kilomètres à parcourir cette journée-là. Accroupie sur le bord du chemin à grignoter ce qui devait être un semblant de dîner – en effet, détail cocasse : j’avais découvert une nouvelle marque de barres d’énergie et elles étaient devenues ma récompense ces derniers jours…jusqu’au moment où j’en ai ingérées une quantité beaucoup trop grande en trop peu de temps – une voiture de police s’arrête près de moi pour me demander si j’ai besoin d’aide.  J’imagine que pour un spectateur externe je devais avoir l’air d’un petit hamster accroupi et affamé en plein soleil tapant du midi. Au final, évidemment, tout allait bien, mais on se met à discuter un peu et le policier me conseille quelques endroits à visiter à Saskatoon et me recommande un terrain de camping où aller. Un très gentil monsieur, que par un hasard assez incroyable, je recroisai lors de mon départ de Saskatoon deux jours plus tard, alors que je traversais une rue, il se trouvait dans sa voiture et nous échangeâmes quelques paroles le temps de la lumière rouge.

 

À l’entrée de la ville, la chaleur me frappe.  Mon cellulaire est mort et j’en ai disons besoin pour trouver mon chemin vers le camping (puisqu’aucun WarmShowers ne m’a malheureusement répondu).  Je m’assois par terre en sortant ma batterie portable au coin de deux grosses artères de la ville et j’attends que le cellulaire s’ouvre à nouveau. Aucune ombre autour de moi, mes bouteilles d’eau vides, je commence à me sentir un peu étourdie.  Il est temps que j’arrive, que je me désaltère, que je prenne ma première vraie douche et ma première journée de pause en huit jours passés à rouler sans arrêt. Mon corps n’a plus aucun jus pendant ces cinq minutes d’attente. Et mon moral commence à flancher un peu de fatigue et de chaleur.  Le cellulaire revient à la vie et me permet de me diriger à bon port. Douche fraîche, petite boisson désaltérante et installation de la tente, le tout avant la fin de l’après-midi.

 

Satisfaite et prête à « treat yourself » comme il se doit, je me mets à chercher un endroit mignon pour aller souper (plus de nourriture sèche, déshydratée pour une soirée – le vrai bonheur!).  Cela me guide vers un petit resto-café adorable aux allures du quartier Mile End à Montréal. En sirotant tranquillement un cidre à la pomme verte local et en mangeant un burger végétarien, je réalise que je commence à m’adapter relativement bien à ma seule présence en l’appréciant réellement, à me détacher du petit stress que j’ai toujours ressenti à être seule face aux regards extérieurs.  Je demande au serveur, Graeme, des endroits à visiter à Saskatoon. Il me revient à la fin de mon souper avec une liste d’au moins quinze activités/lieux. Nous discutons un peu et je finis par apprendre qu’il déménage à Montréal dans les prochains mois. Une rencontre impromptue faisant en sorte que nous passons les deux jours suivants ensemble, lui à jouer le guide touristique et moi simplement heureuse d’avoir un nouvel ami à qui je pourrai, à mon tour, montrer les recoins de Montréal à son arrivée.  L’improvisation de la vie fait parfois si bien les choses… Partir encore une fois, aussi vite qu’arrivée, fut difficile pour moi. Je réalise, de plus en plus, qu’à voyager à vélo, je ne deviens qu’un coup de vent, qu’un passage, comme une courte étincelle dans la vie des gens que je rencontre. Je n’ai, en fait, pas d’autres options que de vivre le moment présent si je veux continuer ma route. Sinon, je ne vis rien du tout et je ne fais que des coups de pédale sans fin, centrée sur mes préoccupations quotidiennes : faire de la route, manger et trouver un endroit pour la nuit.

 

Sur la route, SK

La soirée suivant mon départ de Saskatoon, je vécus l’orage le plus terrifiant de mon périple.  J’étais installée sous quelques arbres afin d’être cachée des regards. Je n’ai pas l’habitude de regarder les prévisions météorologiques, mais, après cette nuit, j’y ai porté plus attention.  En effet, bruits de tonnerre assourdissants, éclairs aveuglants, nuit blanche, yeux bouffis, j’ai passé la nuit à ne savoir que faire pour être en sécurité et à lire sur mon cellulaire des articles sur les orages…aucunement rassurant!  J’aurais eu envie d’un toît au-dessus de ma tête cette soirée-là. Par chance, le lendemain, en demandant de l’aide à des gens qui travaillaient dans leur garage pour me trouver un endroit où dormir, ils m’offrent l’hospitalité, une douche, une bière froide et de la nourriture.  Nous discutons sur le perron en fin de soirée. Merci encore, Peggy et Fred!

Peggy, Fred et moi

Pour les québécois.es qui me lisent, je vous imagine très bien avoir le fameux ver d’oreille de la chanson « Saskatchewan » des Trois Accords chaque fois que vous lisez ce mot dans cet article.  Je m’en doute parce que, pendant la semaine et demie passée à traverser cette province, je l’ai eue sans arrêt sur ma selle de vélo, en mangeant ou en tentant de m’endormir. On ne perd pas facilement ses racines bien ancrées au plus profond de l’être, et cette chanson en est un parfait exemple.  Et si, par chance pour vous, vous n’y aviez pas encore pensé, il me fait plaisir de vous la mettre dans la tête! Bonne écoute…

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