Sur la route, SK

Le mardi  matin de la quatrième semaine, c’est un départ de Calgary après une très belle soirée passée avec mes hôtes de WarmShowers, Wendy et Charlie, à discuter autour d’une bouteille de vin blanc.  C’est un couple dans la cinquantaine ayant complété la traversée du Canada à vélo l’été dernier. Une très belle façon d’entamer ces fameuses Prairies que l’on ne m’avait dépeintes que négativement: l’infiniment plate!  Toutefois, pour une cycliste, il n’y a rien de plus réjouissant que de rouler sur du plat: enfin, plus de côtes! Je mets au défi quiconque de ne pas avoir le sourire aux lèvres devant cette perspective après la Colombie-Britannique et toutes ces journées passées sur ma selle de vélo à tirer mes sacoches de vélo dans des montées interminables à une vitesse moyenne de 10 km/h.  J’y voyais une satisfaction certaine et une récompense bien méritée pour tout l’effort fourni jusqu’alors.

 

Il y a une multitude de petits objets pratiques qui existent pour les cyclotouristes dont un support pour cellulaire qui s’installe sur le guidon.  Il permet de se diriger en ayant une carte visible devant soi tout en roulant. Pratique, entre autres, pour se retrouver dans une ville… Je ne me suis pas procurée cet objet puisque je n’ai jamais senti la nécessité d’en avoir un.  Je mettais le son au maximum sur le navigateur, je plaçais mon téléphone dans ma poche arrière et tout fonctionnait sans anicroche… jusqu’au moment de sortir de Calgary! En effet, Google Maps réussit à me guider à travers la ville dans un obscur labyrinthe de pistes cyclables avant de me faire prendre une route de campagne non-pavée.  Un beau total de près de 2 heures pour enfin sortir de Calgary. Il faut dire qu’une bonne partie de ces 2 heures a été dépensée pour arrêter à intervalles réguliers afin de me permettre de regarder la carte sur mon téléphone. Où était ce fameux support de cellulaire que j’avais snobé? (Remarquez que je n’en possède toujours pas encore un à ce jour!)

 

Dans cette quête que nous appellerons simplement « Se retrouver dans les méandres des pistes cyclables inconnues de Calgary et… les caprices de Google Maps », j’ai aussi trouvé moyen de me fouler la cheville gauche.  C’est en tentant de traverser une rue perpendiculaire à la piste cyclable, que je me suis retrouvée sur le sol les souliers encore solidement accrochés aux pédales et les bagages sens dessus dessous. Je n’ai même pas eu le temps de réaliser ce qui venait de se produire…  Et puis, c’est en regardant le trottoir que j’ai compris le problème: pour rejoindre la piste cyclable de l’autre côté de la rue, le trottoir n’était pas au niveau de la rue (une anomalie, on s’entend). Ma roue avant a donc buté contre cette « marche » inattendue. La cheville tordue a couvert mon visage de larmes en pensant que je venais peut-être de mettre en péril la suite de mon périple.  La douleur s’estompa après une vingtaine de minutes me permettant de remonter sur ma selle et de continuer. Au bout de quelques jours, l’inflammation disparut à coup d’ingestions récurrentes d’ibuprofènes. Cette petite mésaventure m’a rappelé à quel point j’étais entièrement dépendante de l’intégralité de mon corps et qu’il pouvait décider de me lâcher à tout moment.

 

Il est bien évident que de pousser son corps à rouler une moyenne de près de 100 km par jour sur une période de plus de deux mois entraîne quelques questionnements sur les limites de ses capacités.  J’écrivais dans un article précédent que je ne voulais pas avoir de pression externe pour mon premier voyage à vélo. J’avais relativement confiance que le mental allait tenir le coup, mais ma plus grande inquiétude résidait réellement à la réaction de mon corps à cette demande extrême.  Au final, j’ai beau avoir tout planifié pour ne pas être dans le pétrin (ou du moins, le plus possible), le corps a ses propres caprices et le mien, spécialement: il ne semble jamais très heureux des demandes que je lui réserve.

Au courant des derniers mois, j’ai eu quelques petits problèmes qui m’ont fait peur à maintes reprises. Par exemple, à force de travailler dans un bureau 40h/semaine cet hiver (et aussi probablement des relents de mes longues heures d’étude au cours des années qui ont précédé mon voyage), j’avais une douleur dans le bas du dos intermittente depuis quelques mois.  À force d’exercices et de rencontres avec une physiothérapeute, la douleur s’est atténuée pour devenir sporadique. Par chance, le mouvement circulaire de pédaler sur un vélo ne produit pas la douleur.

 

Je décrivais précédemment ma plus récente foulure à la cheville, mais il se trouve que c’est une blessure récurrente l’ayant déjà foulée à deux reprises depuis le mois d’avril.  Je m’adapte et je mets de la glace dès que je le peux…

 

Au Yukon, en explorant les paysages impressionnants avec mon sac à dos, mon tendon d’Achille a aussi commencé à élancer.  Cette douleur, presque imperceptible au début et semblable à celle d’une petite aiguille qui s’insère dans le tendon, s’est rapidement transformée en coups de marteau qu’on assène à l’arrière du pied: je ne pouvais faire un pas sans faire une grimace… J’étais persuadée que mon tendon s’était déchiré. Je me suis donc rendue à l’hôpital (merci encore Elsa pour ta patience) pour en avoir le coeur net.  Le verdict tomba: une tendinite. Solution: glace, repos et anti-inflammatoires. À la mesure des circonstances, j’ai tenté de respecter la prescription, mais… difficile le repos quand il ne reste que trois semaines et tant de randonnées que je ne voulais pas manquer; j’ai simplement enduré la douleur, les doigts croisés en espérant ne pas l’aggraver. J’ai survécu grâce aux ruisseaux d’eau glacée, à la neige sur les sommets des montagnes et des étirements quotidiens que m’a conseillés le père d’Elsa qui avait déjà vécu un problème semblable. Finalement, la semaine précédant mon départ du Yukon, j’ai réellement pris une pause et la douleur a fini par se dissiper, aussi subitement qu’elle était apparue: un vrai miracle. Ce coup de chance me permit de participer au demi-marathon de Vancouver et de partir, quelques jours plus tard, sur mon vélo pour la grande traversée.

 

Mais le réel problème qui me suit depuis le début de mon épopée et qui ne semble pas vouloir me quitter se situe au niveau des genoux.  J’ai changé la hauteur de ma selle ce qui devrait m’aider. De plus, je prends maintenant l’habitude de m’étirer au moins trois fois par jour, mais je crois que le choc des premiers jours dans les montagnes de Colombie-Britannique, avec leurs dénivelés à couper le souffle, a été une épreuve trop intense et trop rapide, considérant mon manque de préparation préalable.  Je devrai retenir la leçon pour mes prochaines aventures.

 

 

Le plus gros dinosaure au monde, Drumheller, AB

J’avais décidé de passer par le nord en partant de Calgary pour éviter le trafic de la Transcanadienne.  Il n’y a rien de plus insupportable que de rouler paisiblement à vélo en ayant en permanence le bruit de fond des voitures, camions, motos qui me doublent, sans compter les risques associés à tout ce trafic.  La route choisie était plus tranquille et me permit de faire un arrêt à Drumheller aussi connu sous le nom de la Vallée des Dinosaures. En fait, je voulais rendre mes deux frères jaloux, eux dont l’enfance se définit au son des rugissements des Tyrannosaures Rex et des Ptéranodons (ou plutôt des Corneilles Dragon dans leur language imagé d’enfants)! Finalement, je ne me suis jamais rendue au Royal Tyrrel Museum of Palaeontology qui se trouvait à 5 kilomètres hors de la ville et qui possède le plus grand dinosaure du monde.  À vrai dire, je couvais un rhume et j’ai finalement opté pour simplement…  faire une petite sieste dans un parc: les dinosaures devront attendre mon prochain voyage.  Malgré cette petite déception, le spectacle offert par les cheminées de fée (colonnes de roches) croisées sur mon parcours, valait tout de même le détour en rappelant un peu un décors à la Indiana Jones.

Drumheller, AB

 

La première semaine dans les Prairies fut assez particulière.  En effet, j’avais rencontré un couple de cyclotouristes au Lac Louise qui m’avait littéralement dit que j’allais passer par des villages pittoresques.  Pour moi, la définition d’un village « pittoresque », c’est une rue principale avec des petites boutiques de produits locaux, un café, un marchand de crème glacée, des bancs publics et un parc.  Malgré toutes ces attentes, il n’y a rien eu de tout cela. J’ai plutôt été surprise par l’absence de gens dans tous les villages croisés: je rentrais dans une épicerie et il n’y avait absolument personne.  J’avais l’impression bien souvent d’atterrir dans un village fantôme. Les villages sont plus souvent qu’autrement un regroupement de services de base pour toutes les fermes se trouvant aux alentours soit: un Tim Hortons, une épicerie et une station-service.  Il y a eu aussi la surprise que de Calgary à Saskatoon, la route se trouve à avoir un dénivelé dans un enchevêtrement de collines: pas si « plates » que cela les prairies finalement!

Mon arrivée en SK

Les 30 derniers kilomètres de mes journées se faisaient souvent en fin de soirée afin de pouvoir admirer les couleurs changeantes dans le ciel à l’horizon lors du début des couchers de soleil.  C’est ainsi que j’ai pris l’habitude d’installer ma tente relativement tard dans la cour des écoles, le lieu le plus sécuritaire que j’ai trouvé pour camper gratuitement et sans trop de soucis pour m’endormir. J’ai découvert ce « truc » après une nuit épouvantable où j’entendais des bruits de pas et des portes de voiture claquer vers minuit autour de ma tente. Mon bear spray, canif et airhorn se trouvaient tous trois à portée de main, dans mon sac de couchage où je me terrais de peur.  J’ai aussi envoyé ma géolocalisation à Jamil, prise de panique en imaginant les pires scénarios qui se chamboulaient les uns après les autres dans mon esprit cette nuit-là. Heureusement, rien n’est arrivé, mais, depuis cette nuit d’enfer, je redouble de prudence lorsque je cherche un endroit pour dormir.

Saltcoats, SK

Les gens rencontrés en chemin au courant de la semaine venaient me voir ici et là au fil de mes arrêts.  J’ai remarqué que leur réaction et leur perception étaient drastiquement différentes de celles auxquelles j’avais eu droit depuis le début du voyage, où l’on tentait surtout de me décourager de continuer spécialement parce que j’étais une femme seule. Maintenant, les gens se montraient plus curieux et confiants face à mon aventure probablement parce que j’avais déjà fait un bon bout de chemin.

 

C’est ainsi que j’ai relevé le test de ma première semaine réellement seule.  Pour mon support moral, j’ai quand même la chance de pouvoir compter sur mon entourage et le cellulaire n’est pas bien loin: je parle relativement souvent à mes parents et à mes amis quand je commence à me sentir seule.  Vous avez surement compris que j’ai les larmes faciles en lisant mes derniers articles. Je remercie toutes ces personnes d’être présentes et de me suivre à distance ce qui facilite mon équilibre mental au quotidien…

 

Des hauts et des bas, des joies et des craintes, un corps qui se cambre parfois devant l’effort, une confiance en moi qui grandit et un moral qui tient la route. Je suis fin prête pour affronter ma cinquième semaine à vélo à travers le Canada.  Quelles surprises me réservera-t-elle?

This Post Has 4 Comments

  1. Làches pas…

    1. Chère Myrika, On est éloignées mais mon coeur est tout près du tien. Tu relèves un défi extraordinaire qui demande énormément de courage, de persévérance et de détermination. Malgré toutes les embûches, continues ta route sereinement car c’est certain que tu vas te rendre au bout de ton rêve. À l’aube de l’âge adulte, tu as choisi un périple initiatique qui te révéleras à toi-même. Poursuis ton envol, magnifique fille de la lumière, du vent et des grands espaces. Ta tante Aude qui t’aime très fort.

  2. Tu es admirable et ton périple fort intéressant. Nous tâchons de calculer le moment approximatif de ton arrivée juste avant d’arriver à Toronto. Serons là afin de t’éviter le trajet infernal de la ville en vélo. Lucie t’attendait avec une lasagne toute fraiche pour ton arrivée. Elle a dû la congeler…
    Bonne route et à bientôt. N’oublie pas de nous tenir au courant lors de tes derniers 100 km afin de nous situer chronologiquement parlant.
    Bises en attendant!
    Arthur et Lucie

  3. Chère Myrika, On est éloignées mais mon coeur est tout près du tien. Tu relèves un défi extraordinaire qui demande énormément de courage, de persévérance et de détermination. Malgré toutes les embûches, continues ta route sereinement car c’est certain que tu vas te rendre au bout de ton rêve. À l’aube de l’âge adulte, tu as choisi un périple initiatique qui te révéleras à toi-même. Poursuis ton envol, magnifique fille de la lumière, du vent et des grands espaces. Ta tante Aude qui t’aime très fort.

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