Durant tout le temps passé avec mes deux nouveaux amis, je me questionnais sur comment je souhaitais continuer mon périple.  J’étais bien, heureuse et nous riions souvent.  Il n’y avait aucun doute que nous formions un bon navire pour la traversée, mais il restait toujours, au fond de mon esprit, le sentiment que je devais respecter l’engagement que j’avais pris envers moi-même dans les mois précédents.

Parc national des Glaciers, BC

Au tout début de cette aventure, le voyage solo ne faisait pas partie de l’équation.  J’avais eu l’idée de la traversée du Canada et de la découverte du pays, je l’aimais et elle se concrétisait.  Il ne me manquait que de trouver le/la partenaire parfait.e pour partir avec moi.  Tout semblait indiquer que mon ami, Simon-Olivier, allait se joindre à moi et nous en discutions ensemble, à l’occasion.  Au fil du temps, des raisons hors de notre contrôle ont fait en sorte qu’il ne pouvait plus me suivre.  Ouf, le dilemme: je me retrouvais donc seule, aucune âme ne voulant ou ne pouvant m’accompagner!  Certains événements marquants de ma vie, cette dernière année, m’ont permis de trouver l’envie de faire le trajet seule cette fois, notamment pour réfléchir et m’habituer à être bien avec moi-même et mes pensées: un défi de taille pour une personne des plus sociables!  Je ne voulais absolument pas que le fait de n’avoir personne avec moi soit un frein à ce rêve maintenant puissamment ancré en moi.  Les mois ont passé et le voyage solo est finalement devenue intrinsèque à tout ce projet.

Parc national des Glaciers, BC

C’est dans ce mélange de pensées conflictuelles que j’ai pris la décision de quitter Sulaiman et Jamil du moins pour un certain moment.  Les circonstances ont aussi grandement aidé à cette séparation.  Je rejoignais des amies, Arianne et Alexie, à Golden pour quelques jours et les garçons n’y étaient que pour une soirée.  Nous pensions, tous trois, nous retrouver plus loin à Calgary.  Entre temps, j’avais appris qu’une autre amie, Catherine, était en voyage avec ses parents dans l’Ouest canadien et arrivait à Canmore en même temps que moi.  J’y suis restée deux jours.  Un autre beau hasard que la vie a mis sur mon chemin.  J’ai donc profité des montagnes et de la compagnie d’Arianne, d’Alexie, de Catherine et de ses parents.  Cette pause a donné, par le fait même, l’opportunité à mes genoux de m’aimer à nouveau.  Mes deux arrêts à proximité des parcs nationaux Yoho et Banff m’ont permis de faire quelques randonnées dans les environs m’évitant de voir les montagnes simplement à partir de la Transcanadienne assise sur ma selle de vélo.

Lac Louise, AB

Il y avait aussi cette montée vers le lac Louise sur la route que je pouvais très bien apercevoir de Golden et qui me faisait peur.  Probablement une des autres raisons qui m’ont motivée à repousser le retour sur mon vélo d’une journée…   Mais je n’avais pas le choix et je suis donc repartie un matin affrontant ce colosse par un ciel sans nuage et une chaleur écrasante, le rendant encore plus ardu à franchir.

Parc national de Yoho, BC

Par chance, à quelques dizaines de kilomètres du sommet, j’aperçois avec joie un lac en bord de route qui allait me permettre de me rafraîchir !  Cette pause fraîcheur m’a aussi fourni, d’une façon toute aussi fortuite, l’occasion de rencontrer une des personnes les plus charmantes qui doit exister dans ce monde.  Je ne lui parlai que trois minutes en lui expliquant un peu timidement mon aventure.  Après lui avoir dit au revoir et qu’elle se soit dirigée vers son auto, elle revint me voir à quatre reprises avant de repartir avec sa famille pour sa demeure à Calgary.  La première fois fut pour me donner de l’argent afin de m’aider à poursuivre mon aventure, la deuxième pour me faire un de ces câlins réconfortants que seules toutes les mamans du monde savent si bien prodiguer, la troisième pour me donner son numéro de téléphone en cas de pépins et la dernière pour m’offrir une batterie portable pour mon cellulaire (que je refusai, en possédant déjà une).  Je repense souvent à ce moment sur mon vélo et mon cœur est tout reconnaissant devant cette marque d’amour inattendue au bord d’un lac perdu au milieu des Rocheuses.

Lac Louise, AB

Je dois dire que mon premier contact avec le lac Louise m’a laissée un peu en choc.  La quantité de touristes qui font « clic, clic » est absolument hallucinante.  Cela faisait un drôle de contraste avec les parcs que j’avais visités au Yukon où nous étions souvent seules, mon amie Elsa et moi, lors de nos randonnées.  Par ailleurs, une des employé.es du Centre des Visiteurs n’a été d’aucun secours pour me trouver un endroit dans le camping du Parc – il était évidemment plein — on est au lac Louise en pleine saison touristique!  Elle me proposa comme alternative, tout d’abord, d’aller à l’hostel (qui coûte 75 $/nuit), puis me montra, sur son écran, le coût des hôtels (qui tourne autour du 250 $/nuit au plus bas).  Un charmant “service” pour une cycliste exténuée aux moyens limités!   Je craquai un peu en sortant de l’immeuble, sous la pluie, avec les larmes aux yeux et un visage déconfit.  Mon moral fut sauvé lorsque je me suis rendue directement au camping un peu plus tard.  C’est trempée jusqu’aux os que l’on m’annonça qu’il venait d’y avoir une annulation.  J’avais maintenant un site pour ma tente et l’accès à une douche chaude!  La douche aura su nettoyer la plaie laissée au cœur, cet après-midi-là, par cette employée sans empathie du Centre des Visiteurs et remettre un peu de joie dans mes yeux encore bouffis.  La leçon que j’ai retenue est de toujours se rendre directement au camping – ils ne refusent jamais un.e cycliste, car ils ne voudraient pas que je me fasse croquer par un ours.  Ce ne serait pas leur meilleure coup publicitaire.

Parc national de Banff, AB

Sur une note plus joyeuse, le lac Louise, les glaciers, le lac Emerald, les sentiers… sont tous à couper le souffle.  La réconciliation avec le Lac Louise ne m’a pas pris beaucoup de temps.  La grandeur de ces beautés a su me bercer durant cette semaine de semi-repos (du vélo, j’entends).  Je n’en ai eu qu’un aperçu, mais il est certain que je reviendrai (en basse saison) pour mieux explorer les environs et pour faire la route des Glaciers vers le Parc national de Jasper.  À vélo, en passant devant la sortie en sa direction, j’ai eu, pendant un quart de seconde, l’envie de prendre ce détour n’ayant entendu que des commentaires élogieux à son égard, mais… le vélo a refusé de tourner (ou peut-être était-ce mes jambes?)!

Sur la route, AB

Lorsque je repartis le lundi matin de Canmore, je savais que c’était la fin des petits arrêts chez des gens que je connaissais.  Ils avaient su m’aider à passer au travers ces premières semaines de route et avaient tous fait preuve, à leur façon, d’une très grande générosité à mon égard.  C’est en arrivant devant le panneau « Calgary Downtown 35 km », qui signalait que je venais de franchir le cap de mes 1,000 premiers kilomètres, que je regardai par-dessus mon épaule pour lancer un dernier regard vers les Rocheuses et tous ces gens bienveillants qui m’avaient accompagnée jusqu’alors.

Désormais seule avec moi-même, le vrai défi solo sans points de repère avant Gatineau débutait.

This Post Has 5 Comments

  1. Tu es forte, Myrika! J’aime beaucoup suivre ton périple. Bonne route!

  2. BRAVO, ma belle Myrika! Nous sommes tres fier de toi. Bonne fin de route.

  3. Tes accomplissements et ta progression sont merveilleux et très impressionants! Bravo!
    Bonne persévérance et garde le cap!

  4. We had the pleasure of hosting Myrika at our home in Duluth Minnesota for the past two nights. My husband Ted is riding with her right now – just for a couple of hours to get her on her way to Ashland, WI. Myrika is a wonderful young woman and we wish her the best in life.

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