Le dimanche soir, avant de partir de Kamloops, j’avais la tête qui n’arrêtait pas de rouler (sans vouloir faire un mauvais jeu de mots).  Je commençais à réaliser que la plus grande difficulté pour ma personne en voyage est de devoir quitter les êtres humains qui croisent ma route et qui me marquent.  Cette difficulté vient évidemment avec l’une des plus belles choses de la vie: toutes ces rencontres et ces connexions.  Elles peuvent parfois durer l’histoire de quelques minutes à échanger un sourire, quelques paroles, un regard… ou un peu plus longtemps, mais chaque fois, quand c’est empreint d’authenticité, ça demeure tout spécial dans mon coeur et ça me permet d’outrepasser le mal d’être loin de mon confort et de la maison depuis bientôt trois mois.

En ce dimanche soir, mon coeur n’avait pas le goût de quitter encore une fois, de voguer. Il était nostalgique des ami(e)s du Yukon, de la famille du cousin de mon père…  Encore une fois, je devais partir alors que je commençais tranquillement à découvrir la famille de la soeur de ma mère.  Ce sentiment resta le lendemain matin sur mon vélo.  J’étais partagée entre celui-ci et le désir puissant de sauter sur ma selle et de pédaler, pour une deuxième semaine.  Ce lundi matin, c’est accompagnée de mes deux nouveaux compagnons de route, Sulaiman et Jamil, que je suis partie et c’est grâce à eux que cette nostalgie s’atténua pour laisser place à la découverte de ces nouvelles amitiés.

Nos genoux nous faisaient quelque peu souffrir (un vestige de l’autoroute Coquihalla), mais l’énergie de notre trio nous permettait d’équilibrer l’inconfort et de nous faire sourire à chaque montée qui se présentait à nous.  J’étais bien chanceuse de les avoir à mes côtés.  La Colombie-Britannique se devait d’être une acclimatation à la vie de cyclotouristes, mais il restait parfois ironique de penser que nous commencions par la section la plus ardue du trajet quant à la topographie.

Lors de notre premier arrêt chez des amateurs de cyclotourisme qui avaient eux-mêmes fait la traversée du Canada quelques années auparavant, Jamil demanda un soutien mécanique pour régler un problème qui nous incommodait tous: le bruit que faisaient ses freins à disque à chaque coup de pédales, un bruit métallique qui donnait l’impression qu’à tout moment son vélo allait exploser en mille pièces.  Il était aussi un test de patience dont Sulaiman et moi-même étions témoins semi-passifs, mais que Jamil devait endurer à chaque poussée.  Nos hôtes réussirent, après le visionnement d’un vidéo tutoriel, à trouver une solution à ce pépin technique!  Une vraie joie de retrouver la paix du silence en roulant… particulièrement pour Jamil.

Un autre événement mécanique est survenu à une, deux et trois reprises: des crevaisons.  Cette fois-ci, Wheel en était la malheureuse victime.  La première arriva, sous la pluie, au kilomètre 95 sur les 115 kilomètres que nous devions accomplir cette journée-là.  Les garçons ne m’abandonnèrent pas sur le bord du chemin et nous changeâmes ensemble la chambre à air.  La seconde fut à l’arrivée chez nos hôtes cette même journée et la troisième au kilomètre 5 le lendemain matin…  Je ne sais pas sur quoi j’avais bien pu rouler, mais ça ne devait pas être le meilleur ami des pneus.  Surtout que la troisième fut accompagnée d’une perforation dans le pneu.  Nous raccommodâmes tant bien que mal le trou, car nous étions hors de tout service pour deux jours.  Au mieux de nos connaissances respectives, la « réparation » consista à mettre du duck tape.  Pour moi, le duck tape s’utilise, à tout moment, quand rien ne va plus.  Ne vous inquiétez pas, mon pneu est maintenant changé par un nouveau supposément de qualité supérieure.  J’ai aussi renouvelé ma réserve de chambres à air, fin prête pour une nouvelle crevaison! 

Le rythme de nos premiers jours ne nous laissait pas beaucoup d’opportunités pour prendre le temps de respirer.  Nous partions relativement tard, le matin vers 10h00, et arrivions le soir vers 18h30 nous laissant ainsi à peine le temps de se rendre à l’épicerie, de cuisiner, manger, relaxer et s’installer.  À ce rythme effréné, mes livres restaient bien cachés au fond de mes sacoches.  Moi, qui voyageais à vélo pour prendre le temps, il filait un peu plus à chaque kilomètre.  J’en parlai avec les garçons à notre arrivée à Revelstoke, une petite ville des plus charmantes de par ses commerces et les montagnes environnantes.  Sulaiman déclara même que « c’était la ville la plus décente depuis Vancouver » faisant référence ici à Merritt qui l’avait laissé pantois.  Nous décidâmes d’y rester une journée, nous donnant ainsi l’occasion de regarder un match de la Coupe du Monde de la FIFA (Angleterre contre Croatie), avec la famille qui nous hébergeait.  Le match nous inspira pour un petit (très petit) match de soccer amical dans un parc.  Je chialai un peu puisque c’était jour de repos et que je suais à grosses gouttes en raison du soleil tapant.  Au fond, en y repensant, c’était un très beau moment où des éclats de rire étaient plus souvent qu’autrement au rendez-vous entre deux respirations haletantes.  Moi, qui pensais être en forme… le soccer m’aura surprise!

Alors que nous venions de terminer le col Roger (une des grosses montées de la Colombie-Britannique), nous nous rendîmes au camping Illecilleweat dans le Parc National des Glaciers.  Bien que les terrains de camping étaient tous occupés, Parcs Canada nous autorisa à installer nos tentes derrière le bloc sanitaire.  Au moment d’ouvrir nos sacoches, une famille vint à notre rencontre et nous proposa de partager leur site de camping.  L’offre fût acceptée sur le champ.

La soirée fut des plus merveilleuses.  Un feu de camp brûlait déjà.  Nous passâmes le reste de la veillée à discuter autour de cette chaleur réconfortante.  Avec la fatigue accumulée des derniers jours, mon regard se perdait dans la fascination des mouvements abstraits des flammes.  Par moment, nous observions, du coin des yeux, Sulaiman qui s’amusait comme un joyeux luron avec les deux enfants.  Je m’endormis sous la fine mélodie du ruisseau longeant notre camping.

De bon augure pour la troisième semaine qui s’annonce… 

This Post Has 5 Comments

  1. Super de te suivre ma chère, on pense à toi! Michelle (la petite soeur de Kim 🙂 xx)

    1. Merci !!!

  2. Bonjour chère Myrika,
    Bravo pour ton merveilleux projet inspirant!
    Bonne persévérance! Tu as toute mon admiration!
    Lucie

    1. Merci pour tes beaux commentaires. Ils me font toujours sourire sur ma route. 🙂

  3. Un beau bonjour chère Mirika. Je t’ai envoyé un email. Je te porte dans mon cœur et mes pensées.
    Garde ton enthousiasme et ta bonne humeur!

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