C’est seule que j’ai dû entamer ma route vers Ottawa. Un peu chamboulée, mais fébrile à l’idée d’arriver dans la capitale. Provenant de l’Ouest du pays, Ottawa est une des destinations significatives de tout le voyage en plus d’être de l’autre côté de la rivière de ma ville natale. J’ai pris grand soin en me levant de regarder pour des routes secondaires… Voulant éviter les voitures à tout prix ce jour-là. J’avais les mains qui tremblaient en repensant à la veille et le coeur qui me pressait la poitrine. J’enfilai mes gants de vélo tout en disant « à ce soir » à mes parents. Mains moites. Voix incertaine. Il a été mentionné dans quelques articles précédents que les kilomètres les plus difficiles étaient toujours les 20 premiers. En effet, passé ce cap, l’état d’esprit entre dans une sorte de méditation et le mouvement des jambes devient instinctif. J’ai donc réussi à mettre le stress de la journée précédente dans un petit compartiment loin dans mon esprit et je me suis laissée bercer par Wilson Radler. Je n’ai pratiquement pas pris de pauses avant d’arriver. La seule pause a été pour appeler Laurie afin de l’informer de mon heure d’arrivée au parlement… Elle allait m’y attendre. Encore en écrivant cette simple phrase, je deviens émotive. La fin approchait. Je n’en revenais pas. Je n’y croyais pas. Mes genoux avaient tellement hâte de pouvoir s’en remettre et se reposer.

En voyant Laurie, un tourbillon d’émotions ont fait surface. Mitigées. Larmes aux yeux. Voir mon amie que je n’avais pas vue depuis des mois. Voir la fin de mon aventure qui arrivait… Tout se chamboulait.

Une quantité phénoménale de touristes grouillait sur le parvis du Parlement du Canada. Je voulais avoir ma photo devant la flamme éternelle. Ça a été une mission, mais nous y sommes parvenues. Laurie a dû repartir, car elle avait un cours à l’université. Avant de repartir, nous avons appelé mon autre amie, Frédérique, pour la convaincre de venir souper avec nous. (Elle était à Montréal.) Elle a accepté. En continuant ma route vers la maison, je n’ai pu m’empêcher de prendre quelques photos de Wilson avec des classiques de la capitale. Et en arrêtant dans le Vieux-Hull où mon autre amie, Camille, travaillait. Elle comprenait ce que je ressentais étant elle-même une grande cyclotouriste. Dernier arrêt avant la maison familiale. Petite bière en bonne compagnie.

J’ai pédalé jusque chez moi. Saut dans la piscine pour me rafraîchir avec le sourire aux lèvres. Mon père allait bien. Laurie et Frédérique sont venues me rejoindre en fin de soirée. Nous sommes allées faire une petite épicerie que nous avons dégusté à l’extérieur: fromage, baguette, olives, humus, légumes…. Avant de leur faire découvrir une des meilleures crèmeries de la région.

Le lendemain, après une longue grâce matinée, j’ai pris le temps de dorloter Wilson. Depuis mon départ, je n’avais pas pris un instant pour bien le nettoyer. Il a eu droit, cette journée-là,  au traitement royal. J’ai aussi mis de la glace sur mes deux genoux. J’allais prendre 2 jours chez mes parents avant ma destination finale.

Mon objectif pour ma dernière journée était de faire Gatineau-Montréal en une journée. Un bon 200 kilomètres de vélo pour finir en force. Ma plus grande distance à vie. Je suis partie tôt le vendredi matin. Mon père est venu me porter un lunch et de l’eau à mi-chemin (en surprise). J’étais relativement pressée dans le temps ayant donné rendez-vous à tous et à toutes à 19 h 00 pour un pique-nique au Parc Jarry. Je ne voulais pas être trop en retard. C’était une belle route. À moitié sur des chemins secondaires et l’autre sur des pistes cyclables peu fréquentées. Cela faisait changement.

Je suis arrivée vers 18 h 50. En sueur. J’ai pu prendre une douche dans le gym en face du parc y ayant eu un abonnement quand j’habitais à proximité. Je voulais être quelque peu présentable pour voir mes ami.es et sortir ensuite. Ce fut une belle soirée. Le bonheur était au rendez-vous. Il n’était pas encore temps de réaliser que j’avais fini. Que j’avais réussi ce fou projet que je m’étais lancée un an auparavant alors que je n’étais pas heureuse à Montréal. Et qu’il me fallait un défi pour réussir à finir mon baccalauréat. C’était accompli.

Afin de bien clore le tout, j’ai réussi à convaincre ma famille et mon amie, Gemma, de faire la course Terry Fox qui a lieu annuellement. C’est ainsi que le dimanche nous avons tous et toutes couru un 5 kilomètres en l’honneur de Terry Fox qui avait traversé plusieurs années auparavant le Canada à la course. En plus d’amasser des fonds pour sa fondation. J’avais l’impression que c’était la meilleure façon de terminer toute cette belle aventure et d’honorer la mémoire de cet être incroyable. Ma traversée avait commencé lors de la Fête du Canada et devait donc se finir sur une note historique…

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