C’est, à l’occasion de la fête du Canada, que je suis partie de Vancouver à l’exploration du pays d’ouest en est.  Pour ma première journée, le cousin de mon père (celui qui m’hébergeait à Vancouver) m’a accompagnée.  La température était parfaite tout autant que la compagnie.  Nous n’avons pas eu d’autre choix que de s’arrêter à mi-chemin pour dévorer un cornet de crème glacée molle.  Un délice après mes premiers 40 kilomètres en vélo de cyclotourisme chargée comme une mule.  Il faut dire que je suis relativement minimaliste dans ce que je porte dans mes sacoches, mais j’ai découvert une nouvelle angoisse chez-moi lors de mon voyage au Yukon que j’ai fait de la mi-avril à la mi-juin : l’anxiété du lecteur.  Elle consiste, tout simplement, à la peur de manquer de lecture.  J’ai donc acheté beaucoup, beaucoup de livres dans des librairies de livres usagés…  J’ai dû me résoudre à en laisser quelques-uns dans mon sac à dos, qui est de retour au Québec, mais j’ai, tout de même, décidé de traîner cinq livres avec moi, en plus de mon journal.  Ainsi, tous mes efforts pour être minimaliste et légère sont tombés à l’eau lorsque ces indispensables compagnons de route ont sauté dans mes sacoches.  C’est d’ailleurs rapidement devenu une blague lorsque j’en parle avec les gens que je croise sur la route.

Pierre et moi avant le départ

Ma première semaine fut une série de surprises, de rencontres et de découvertes.  L’une de mes constatations est que finalement lorsque tu fais du cyclotourisme, tu croises et rencontres facilement d’autres… cyclotouristes!  Cela donne un peu l’impression que tu es une personne des plus normales de faire cela, car  « tout le monde le fait »!  Par exemple, j’ai rencontré, lors de ma troisième journée à vélo, un couple qui se rend à Anchorage, Alaska.  Nous avons fait un bout de chemin ensemble et à Mission, la destination de la journée, nous avons passé l’après-midi à relaxer dans un parc public.  Le soir, je suis venue avec eux au couchsurfing qu’ils avaient trouvé.  Notre hôte, Kyley, une adepte de cuisine du monde, nous a concocté un merveilleux curry végétarien des plus goûteux avant de nous amener voir les derniers rayons de soleil sur le bord d’un lac en retrait de la ville.

Hope, BC

Le matin, nous nous sommes séparés, partant dans des directions opposées.  J’ai affronté l’autoroute Coquihalla qui m’attendait au détour du chemin: une montée de 1400 mètres sur les 46 premiers kilomètres suivie de 74 kilomètres de montées et de descentes.  En toute honnêteté, ce fut « l’entraînement » le plus difficile de ma vie autant physiquement que mentalement.  Au bord des larmes, j’ai du appeler Coach Papa à deux reprises cette journée-là.  Je pensais qu’après la montée exténuante de plus de quatre heures vers le sommet, il n’y aurait que des descentes, mais… ce ne fut pas le cas!  Pour survivre au dernier tiers de cette journée épuisante, ma seule pensée était dirigée vers le sac de cerises que j’allais dévorer en guise de récompense.  Et je vous l’assure, ces cerises furent les plus satisfaisantes que j’ai mangées de ma vie.  Cette journée de défis nouveaux pour moi me permit de me prouver que j’avais fort probablement la force mentale pour faire tout le voyage jusqu’à Montréal.  D’une certaine façon, malgré la fatigue et l’épuisement, ça m’a beaucoup encouragée.

Le lendemain, j’ai pris ma première journée de pause, car mes genoux commençaient à me faire souffrir.  J’ai donc passé une journée très relaxe à Merritt à siroter du thé glacé gracieusement offert par le centre des visiteurs.  Le soir, alors que je faisais une petite épicerie, j’ai rencontré Sulaiman et Jamil, qui étaient en ligne devant moi.  Sulaiman se met à me parler, car il m’avait reconnue ; nous étions tous les deux dans la même équipe de cross-country universitaire il y a deux ans.  C’est ainsi que je découvre, par le plus magique des hasards, qu’ils traversent eux aussi, le Canada à vélo d’ouest en est.  Nous décidons donc, presque sur le champ, de passer les prochains jours ensemble.

Des nouveaux compagnons de route, Merritt, BC

Nous partons donc le lendemain matin tous les trois vers Kamloops et à ma grande surprise, le rythme de croisière est bon.  La journée est parsemée de bien des fous rires de telle sorte qu’une belle complicité s’installe rapidement.  Je les convaincs de passer la fin de semaine à Kamloops (où j’avais déjà planifié rester trois soirées pour visiter la famille de la sœur de ma mère).  De cette façon, nous pourrons rouler ensemble le plus longtemps possible par la suite.  Je passe la fin de semaine à découvrir ma tante Lise, mon oncle David et mes cousins et cousines que je n’ai pas eu la chance de côtoyer beaucoup dans mon enfance: l’amour et la générosité furent au rendez-vous.  Mes deux nouveaux compagnons de route ont même passé la dernière soirée avec nous autour d’un bon souper et de quelques verres de vin.  J’ai fait un cadeau à ma tante avant de partir, qui ne vous surprendra probablement pas: le premier livre achevé de ma bibliothèque ambulante.

La leçon à retenir de cette première semaine à vélo est que j’ai bien cerné mon aventure.  J’adore le mode de vie qui entoure le cyclotourisme, le rythme paisible qui me permet de regarder à gauche, à droite, en haut, en bas, en avant et dans mon rétroviseur (évidemment, quand il n’y a pas de double-remorques qui me dépassent en roulant à 130 km/h sans même prendre la peine de me laisser un corridor de sécurité).

Je vous parlais, dans mon premier article, de ne pas avoir voulu de pression sur mes épaules pour ce voyage, car je n’avais aucune idée si j’allais l’apprécier autant que je le projetais.  Maintenant, j’en ai la certitude; j’ai hâte de retourner sur mon vélo après chaque journée de pause.  La route est parsemée de surprises et cela ne fait qu’une semaine que je pédale.

M’acclimater aux camions, à la vitesse sur la transcanadienne (que je tente toutefois d’éviter le plus possible) et au poids des sacoches qui pendent de chaque côté furent les apprentissages de cette première semaine sur mon nouveau vélo.  J’ai appris à rouler, le plus sécuritairement possible, avec Wilson (Wheel pour les intimes) qui est bel et bien le fidèle compagnon de voyage que j’espérais avoir…

Et hop, je plonge dans la seconde semaine plus confiante que jamais, les yeux tout écarquillés pour ne rien rater de ce qui m’attend au prochain détour de la route.

This Post Has 7 Comments

  1. Bravo Myrika pour ta persévérance. La littéraire en moi est intriguée, quels sont les 5 livres qui ont l’immense honneur de t’accompagner?

    1. Les cinq livres qui m’accompagnent sont :
      – The Vagina Monologues d’Eve Ensler
      – The Secret Life of Bees de Sue Monk Kidd
      – The Heart is a Lonely Hunter de Carson McCullers
      – Little Birds d’Anaïs Nin
      – Miley Cyrus et les malheureux du siècle de Thomas O. St-Pierre

  2. Que je suis fière de toi. Tu me donnes le goût à l’aventure… Bravo pour ta persévérance et ton audace. Tu es une grande source d’inspiration. Je suis heureuse de pouvoir te suivre grâce à ton site que ton père nous as transmis.
    Bonne route!

    1. Merci, tes petites boucles d’oreille m’accompagnent fièrement dans mes sacoches!

  3. Merci de partager ton extraordinaire aventure. À travers ton récit, c’est un peu comme si j’étais à tes côtés ou peut-être entre les pages d’un des 4 livres qui t’accompagnent.
    Vive la détermination et l’imagination!

    1. Merci ❤️

  4. Bonjour chère Myrika,

    Bravo pour ton merveilleux projet, ton logo génial et ta ténacité! Tu es une source d’inspiration. En plus de me faire voyager en images grâce à ton blog, je ramassage environ 1 sac de débris recyclables (bouteilles de plastique, cannettes, papiers et gobelets de café) quand je promène mon chien et me rend au travail à bicyclette. Les cannettes servent à amasser des fonds supplémentaires pour les familles défavorisées bénéficiaires de la Société Saint-Vincent-de-Paul et le reste pour mon Bac de recyclage!

    Bonne persévérance! Avec tout mon admiration!

    Lucie

Laisser un commentaire

Close Menu