Le voyage ne passe pas seulement par le nombre d’endroits visités.  Il est un concept de forme matérielle et physique qui transcende l’être et l’esprit.  Il appelle à l’évolution d’un être dans un habitat sortant de l’état sédentaire et pragmatique.  Je tente de voyager chaque jour, de ne pas rester passive à mon quotidien, d’explorer mes aspirations et de m’émerveiller de la beauté environnante.

Récemment diplômée en neurosciences, j’avais comme idée, qu’après un baccalauréat se spécialisant dans l’étude du système nerveux, je comprendrais mieux mon cerveau ainsi que celui de mon voisin.  Bien sûr, on en est bien loin et les connaissances acquises ont étayé, en partie, ma soif d’apprendre, mais il en a aussi résulté une sorte d’aliénation me poussant à vouloir vivre au-delà du cadre normatif, et parfois très anxiogène, des institutions scolaires.  Il faut dire que je ne les ai jamais quittées depuis les bancs de la maternelle.

Lors de mon stage de recherche obligatoire, l’été dernier, l’idée de traverser le Canada à vélo a germé dans mon esprit.  Au début, une simple idée que je discutais ici et là avec des amis sans vraiment me prendre au sérieux, me disant, me répétant que ce genre de projets n’aboutissent seulement que dans les films, les livres de voyage ou bien simplement, qu’aux autres. Incapable de me prendre au sérieux.

J’ai finalement décidé de transformer cette idée abstraite en un vélo de cyclotourisme en octobre dernier.  C’était la première étape à franchir pour l’atteinte de mon objectif de parcourir à vélo les 5 000 kilomètres de route séparant Vancouver de Montréal.

Par la suite, en terminant mes études en décembre dernier, j’ai sous-loué mon appartement et je suis retournée vivre chez mes parents à Gatineau pour me permettre de faire le plus d’économies possibles pour mon voyage et pour rembourser mon vélo.

J’ai quitté mon emploi le 19 avril dernier pour me rendre au Yukon deux mois avant d’entreprendre mon défi personnel sur deux roues.  J’ai quitté le Yukon vers Vancouver le 21 juin ; le grand départ se fera le 1er juillet. Je prévois faire en moyenne 65 km par jour soit environ 70 jours (plus quelques jours de repos, visite, famille), seule sur mon vélo.  J’aurai, dans mes sacoches de vélo, l’essentiel : nourriture, réchaud de camping, tente, sac de couchage, vêtements, trousse de premiers soins, caméra…

Lorsque je parlais de mon projet, beaucoup de gens ont tenté de me décourager:

« Les Prairies, c’est long et plate! »

« Va faire la côte Ouest américaine, c’est plus jolie.»

« Tu pars seule?!?»

Chaque fois que j’entendais l’une de ces phrases ou une autre semblable, je remettais en doute ma capacité à y parvenir vraiment.  Cet instant de panique se calmait dès que je me rappelais les raisons qui me poussent à traverser le Canada seule et à vélo.

 

L’une de mes motivations principales est de pouvoir voyager en ayant un impact minime sur mon environnement.  Je ne veux pas m’associer à une cause pour mon premier voyage, car je ne veux pas avoir la pression sur moi de décevoir si je ne réussis pas.  Je devais, tout de même, trouver une motivation quotidienne, autre que de pédaler.  J’ai donc réfléchi et j’ai repensé à mon père ramassant les déchets dans le parc, le matin, en se rendant à mon école primaire.  Au final, j’ai rapidement compris la motivation de mon père; après quelques semaines, le parc était propre et sans déchet…  La cause environnementale est devenue mon premier champ de bataille du haut de mes 10 ans.  L’écologie reste encore aujourd’hui une des cordes les plus sensibles pour moi.  C’est pourquoi j’ai décidé, qu’au courant de ma randonnée à vélo, je suivrai les traces de mon père et remplirai un sac d’épicerie de déchets quotidiennement.  Laisser de la beauté derrière soi.

De plus, afin de sensibiliser mon entourage et potentiellement d’autres personnes, sur le nombre de déchets qui se trouvent sur le bord des routes canadiennes, je tiendrai des statistiques approximatives sur ce que j’aurai trouvé et ramassé que je présenterai sur ce blog.  J’ai la conviction que cela pourrait réveiller certaines personnes sur l’impact direct et concret de l’utilisation d’emballages à utilisation unique.

Le changement est difficile pour quiconque et pour mettre de l’huile sur l’engrenage du changement, il faut le voir s’opérer au jour le jour, l’habiter, y participer pour permettre de modifier notre mentalité et nos habitudes.  L’objectif principal est, pour moi, que les gens prennent conscience que les objets jetés aboutissent forcément quelque part dans l’environnement.  Cette phrase semble une évidence même, mais on l’oublie beaucoup trop souvent.  Les déchets masquent peu à peu la beauté de notre planète sans autre cause que notre négligence et notre désinvolture.

Ma deuxième motivation réside dans l’instant présent.

Tout le monde veut voyager!  En fait, en regardant les réseaux sociaux, tout le monde semble voyager.  Le voyage immédiat et rapide devient plus facile et accessible avec les nouvelles compagnies d’avions à bas prix.  D’un côté, c’est positif puisque cela permet la démocratisation du voyage et le partage de culture.  Mais il est facile de s’y perdre.  Je suis consciente que le luxe de la jeunesse est d’avoir la possibilité de prendre le temps de voyager et d’avoir peu de responsabilités.   Mais le désir de partir découvrir d’autres cultures, si tu ne peux pas t’y plonger complètement, reste pour moi un peu illusoire: voir le plus possible de choses dans le plus court lapse de temps – « Clic » et hop, au suivant!  Je veux prendre le temps de respirer et vivre la vie ailleurs, même si cela n’est que pour un bref instant.

Enfin, pour moi, le beau, la vie, se trouve quelque part dans le moment que tu prends pour l’apprécier et le voir.  Non pas dans la quantité, mais dans la sensibilité et la réceptivité.  J’ai envie de toucher les choses, de connaître les gens, de sentir la vie et l’air me frôler la peau, mes larmes me monter aux yeux, dans une sincérité toute simple.  C’est pourquoi j’ai décidé de traverser une bonne partie du Canada à vélo.

Ce texte a été utilisé dans mon application pour la Bourse Solo de la Fondation Tourisme Jeunesse.

This Post Has 10 Comments

  1. T’es une belle âme ma belle, inspirante et généreuse. J’ai hâte de te lire tout au long te ton aventure. Ne laisse jamais personne te décourager de réaliser tes rêves, suis ton instinct et continue à aller de l’avant. Je suis fière de toi et je t’admire!

    1. Merci, belle amie ❤️

  2. Bonsoir
    Mon ami et moi avons rencontré un petit bout femme fière au bord de la route avec son vélo cet après-midi. Elle était assise et se reposait un peu après une longue montée de plusieurs dizaines de km. Nous lui avons demandé si elle avait besoin de quelque chose. Elle nous a juste demandé un peu d’ eau.
    Je voulais rassurer toutes les personnes qui la suivent à distance et vous dire qu’elle allait très bien.
    Bravo à toi pour se beau projet et cette belle cause environnementale qui me tient à cœur aussi.
    Bonne route
    Laurence et Dario

    1. Merci Laurence pour ces beaux mots!

  3. On t’a découvert aujourd’hui par hasard quelque part entre Hope et Merritt, au bord de la route, allongée près de ton vélo, écouteurs aux oreilles. Ayant osé t’aborder, nous sommes si contents d’avoir croisé ton chemin, d’avoir « jasé » un peu comme tu dis, d’autant plus à la lecture de tes motivations qui nous parlent énormément. Belle quête, poursuis là, et nous la poursuivons avec toi à distance et avec passion. Amicalement, Laurence et Dario, les Toulousains porteurs d’eau.

    1. Merci encore pour cette source d’eau inespérée! J’espère que votre fin de voyage dans l’ouest du Canada fut magnifique! Au plaisir de peut-être vous recroiser au Québec ou en France!

  4. Le message rentre…

    Il y a quelques jour, en faisant le tour du Lac St-Jean à vélo, j’ai rencontré une petite fille de 5 ans environ à vélo avec sa mère tout près de St-Prime je crois. Elle m’interpelle spontanément en me croisant en me disant tout simplement: « Les déchets, ça tue la planète! ». Ça m’a fait tout chaud au coeur et penser à quelqu’un à vélo très loin d’ici que je connais bien…

    Quelques jours plus tard, j’étais en train de gravir l’Acropole des Hautes Gorges de la rivière Malbaie. Après deux heures et demie d’ascension, sous une chaleur accablante, je vois un bouteille d’eau vide en plein milieu du sentier. Par paresse, mais surtout par épuisement, je me dis que je la ramasserai… mais en redescendant… si elle est encore là à mon retour. Quelques minutes plus tard, un gars et un fille dans la jeune vingtaine me dépassent et la fille s’affaire à mettre quelque chose dans le sac à dos du garçon qui la devance tout en continuant de marcher. Je leur demande curieux: « C’est la bouteille? ». Ils me répondent « Oui » tout simplement. Alors je leur dis « Félicitations », tout heureux de voir des jeunes prendre la relève (et de ne pas avoir à me pencher en redescendant)…

    Bravo Myrika!

    Coach papa

    1. Wow, que des beaux mots à lire tout ça!

  5. Bravo Myrika. Intéressant, stimulant et touchant ce péripétie et cet espoir dans la jeunesse que tu représentes. Nous t’attendons à Toronto vers le 31 août alors que tu te proposes de passer quelques jours à Toronto. Douches, repas, visites, repos, dodos dans les hauteurs de notre 23e étage. Tiens-nous au courant afin que nous soyons présents les bras et le cœur ouverts.

    Arthur et Lucie (sœur de ton grand-papa Laurent)
    75 Wynford Hts. Cr. – #2304 – Toronto – 416-499-1796

  6. Alors bientôt en vue de Toronto, quelle superbe avancée vers l’est. J’espère que ton corps est toujours un bon allié (et tu as le droit aussi de te reposer peut-être ….).
    Amicalement

    Dario et Laurence

Laisser un commentaire

Close Menu